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Sénégal : une autre forme de gouvernance, la seule alternative à la stabilité et au développement !
Parler en fait de la nouvelle forme de gouvernance qu’il faut pour ce pays, revient à placer l’homme au centre des préoccupations ; les statistiques et autres indices macro économiques passeront après la résolution des problèmes humains.
Le Sénégal est à un moment crucial de son histoire où la tension sociale est arrivée à son paroxysme. Entre 2000, date de l’alternance et aujourd’hui, les prix des denrées ont presque doublé. De remaniement en remaniement ministériel, les choses sont restées immuables. On a l’impression de tourner en rond. Que faut-il faire ?
La réponse doit venir à mon avis de la classe dirigeante qui a la prétention de mener le peuple à un avenir meilleur.
Cet avenir meilleur passera nécessairement par une classe dirigeante bien intentionnée, très volontaire, tenace, persévérante, qui osera rompre avec le système interne et externe, nous maintenant dans cet état de misère et de dépendance.
Le Chef de l’Etat se doit dès sa prise de fonction, de s’engager résolument à instaurer la démocratie dans ce pays ; démocratie au vrai sens du terme, c'est-à-dire un gouvernement du peuple, pour le peuple et, surtout contrôlé par le peuple. Et pour réaliser cet objectif, un bouleversement radical dans les institutions s’avère nécessaire.
Ainsi, il faudrait qu’à tous les niveaux des pouvoirs : exécutif, législatif et judiciaire, le contrôle soit continu et les lois justes et démocratiques pour s’appliquer à tous, sans exception.
L’immunité ne doit être accordée qu’au Président de la République qui dispose du droit de grâce dans certaines conditions.
Les fonctions de député et de maire ne doivent plus être cumulées. Le maire devra effectivement résider et travailler dans le territoire où il est élu.
Le Gouvernement devra se départir des entraves que constituent les intérêts partisans ou des préoccupations électorales pour, qu’à chaque fois que le besoin se fera sentir, dire la vérité aux populations et, faire fi de toute pression autre que celle mue par l’intérêt général. Le Gouvernement n’aura comme préoccupation que celle de mener le pays vers un mieux être effectif.
Il est inconcevable que les politiciens qui font espérer aux populations une amélioration de leur sort, restent dans les mêmes dispositions de mauvais comportement, d’imprévoyance, d’incivisme, d’insouciance et de paresse.
A y observer de près nous ne pouvons pas admettre que nos pays africains soient riches en minerai, gisement et autres et que nos populations continuent à vivre dans la pauvreté ; alors que le Japon par exemple, est une puissance économique construite sans grands atouts naturels : aigu, ruiné par la défaite de 1945, fortement dépendant de l’extérieur pour de nombreuses ressources (en quasi-totalité pour le pétrole, le charbon et la plupart des métaux, 60% pour les produit alimentaires).
Il occupe aujourd’hui le deuxième rang économique mondial derrière les USA, et, représente 15% du PNB de la planète contre 4% en 1960.
Le miracle japonais de la période 1955-1973 durant laquelle le taux de croissance annuelle moyen dépassait 10%, puis l’internationalisation de l’économie depuis1973, ont fait du Japon un véritable géant qui fascine et inquiète à la fois :
- 1er rang mondial pour la construction automobile
- 2eme pour la sidérurgie et la chimie
- 3eme pour le textile
- Il est à la pointe des industries de haute technologie ( électronique, bio-industries ), et s’affirme comme leader incontesté dans les domaines tels que l’audiovisuel. Les causes de ces succès sont : une étroite cohésion sociale, (homogénéité ethnique), le respect strict de la hiérarchie, le culte du travail et pas de gaspillage.
Israël, lui, dispose du même climat que les pays sahéliens mais, se trouve malgré tout à un niveau de développement très élevé.
Aujourd’hui, malgré une stabilité politique et une situation géographique enviable, le Sénégal est très pauvre en ressources naturelles. Le secteur de l’arachide, principale culture de rente du pays, est en crise. Cette filière est en chute libre. L’autosuffisance alimentaire n’est plus à l’ordre du jour. Malgré le fait que le secteur agricole emploie environ 70 % de la population, la part du secteur primaire dans le Produit Intérieur Brut (Pib) est en constante régression. La pêche, qui est restée jusque-là un secteur-clé de l’économie familiale sénégalaise, subit les conséquences de la dégradation des ressources halieutiques qui sont l’objet d’une surexploitation sans nul autre pareil. Dans le même registre, le secteur des phosphates malgré une production de 1800000 tonnes /an, est mis en péril par les difficultés financières des Industries Chimiques Sénégalaises (ICS). Malgré l’optimisme des pouvoirs publics sur les prospections des mines aurifères du Sénégal oriental, il n y’a à ce jour point d’or produit à l’échelle industrielle si ce n’est la production artisanale des orpailleurs de la contrée. Les perspectives d’exploitation du gisement de pétrole off-shore décelé au large de la frontière Sénégalo-Bissau-guinéenne sont pour le moment assez floues et aucun investisseur n’est sur le coup.
Ce qui se passe dans notre pays est quand même extraordinaire en matière de désordre organisé. Il est même risible de voir des << politiques de développement >> se mettre en place dans ce chaos que constitue le désordre urbain alors qu’il y a suffisamment d’espace.
Nos gouvernants, en tant qu’être humains faillibles, doivent savoir être à l’écoute du peuple, avoir le sens de l’initiative, éviter l’immobilisme et avoir autant que faire se peut, un minimum de bon sens pour en toute circonstance, savoir et pouvoir réagir dans l’intérêt général et de la manière la plus efficiente. La remise en cause doit se faire aussi souvent que possible afin de ne pas se complaire dans une autosatisfaction de bon aloi. Cette question se pose quand on regarde comment le pouvoir est exercé dans nos pays africains. Il est quasiment impossible d’entendre les gens du pouvoir faire leur autocritique, se remettre en cause ou admettre leurs erreurs. On a l’impression que nous sommes gouvernés par des surhommes.
Ceux qui ont la charge de diriger ce pays l’ont peut-être fait avec autant de patriotisme, d’honnêteté et d’intelligence qu’ils pouvaient et, il ne faudrait pas penser que tout ce qu’ils ont fait est mauvais, loin s’en faut. La volonté d’accéder au pouvoir ne doit nous dispenser d’une certaine objectivité.
Quels changements devra-t-on véritablement apporter ? Notons qu’une nouvelle façon de gouverner doit voir le jour et cela doit commencer par :
- La réduction de la taille du gouvernement qui peut être limité à 18 ministres.
Un Premier ministre puis :
1 : un ministre de l’intérieur (habitat, aménagement du territoire)
2 : un ministre des forces armées et de la sécurité publique
3 : un ministre de la santé, de l’environnement et de l’hygiène publique
4 : un ministre de l’agriculture (élevage, pêche et industrie)
5 : un ministre de l’équipement (transport et infrastructures)
6 : un ministre du commerce, de l’économie et des finances
7 : un ministre du budget
8 : un ministre du tourisme, de l’artisanat et des mines
9 : un ministre de l’action sociale (réinsertion, solidarité et culture)
10 :un ministre de l’énergie et des biocarburants
11 :un ministre de l’éducation nationale et de la recherche
12 :un ministre de l’enseignement technique et de la formation professionnelle
13 :un ministre de la jeunesse et des sports
14 :un ministre de la fonction publique, de l’emploi et du travail
15 :un ministre de l’information, des relations avec les institutions et porte parole du gouvernement.
16-un ministre de la justice garde des seaux
17-un ministre des affaires étrangères
- Le désenclavement et l’utilisation rationnelle de la voie publique ; marchands ambulants, charrettes et pousse-pousse seront interdits dans les villes, les ateliers (mécaniques, menuiseries, cordonneries…) mieux contenus dans des locaux clos, sécurisés et déclarés.
- Les industries seront délocalisées, il ne sera plus question de les installer dans les centres urbains.
- L’accent sera mis sur les productions agricoles locales dont l’objectif premier sera de nourrir les populations.
- L’école sera le complément de ce que les parents apprennent à leurs enfants. On s’évertuera à compléter l’éducation parentale en leur inculquant des valeurs qui permettent d’en faire de bons citoyens grâce à un enseignement de qualité aidant à intégrer facilement la vie professionnelle. L’éducation religieuse, civique, morale et sanitaire débutera à partir de la maternelle, le code de la route et le droit à partir de la 6e .
- Ouvrir l’université à la vie, faire en sorte que les universitaires soient des acteurs de développement.
- Encourager la participation des intellectuels à la gestion du pays.
- Financer des pistes de production pour désenclaver l’intérieur du pays.
- S’appuyer sur l’agriculture : la Malaysia, est un bel exemple. Elle a su tirer profit de son riche potentiel de ressources naturelles : huile, étain, bois et terre tropicale fertile pour transformer son économie et accroître rapidement le revenu individuel qui a augmenter de 3% par an en moyenne de 1965 à 1990.
- Encourager l’investissement en permettant au monde en développement d’investir dans sa croissance. Sur ce point, rappelons que le Koweït et le Sultanat de Brunei ont investi leurs rentes de ressources en d’autres formes de capital assez productif. En fait, ils les investissent dans l’achat de bons et d’actions sur les marchés internationaux de capitaux, voir dans les industries d’autres pays. C’est ainsi que Brunei, par exemple, a investi en Australie dans le grand élevage et, aux Etats-Unis, dans l’hôtellerie.
- Protéger certains produits contre la concurrence étrangère.
- Accroître le rendement et la production. A titre illustratif, les cultivateurs de la région centrale du Kenya ont fait des plantations très ingénieuses pour porter au maximum la production de leurs lopins de terre, leurs homologues soudanais ont à leur niveau mis au point, sur des sols arides, des techniques qui leur permettent de tirer le meilleur parti des chutes épisodiques de pluie tandis que les petits paysans d’Indonésie gèrent avec compétence des réseaux d’irrigation complexes.
- Encourager et soutenir le développement des produits locaux de substitution en promouvant le consommer sénégalais.
- Veiller à une meilleure distribution des richesses et à une élimination progressive de l’analphabétisme.
- Combattre la corruption sous toutes ses formes.
- Veiller au respect de la démocratie et des droits de l’homme.
- Développer une stratégie de communication cohérente et constante.
En tout état de cause, l’accent doit être mis sur la satisfaction des besoins fondamentaux des populations. Il ne peut y avoir de développement sans que le problème de l’insécurité alimentaire et sanitaire soit résolu, sans que le niveau d’éducation des hommes et des femmes, acteurs du développement local soit élevé. A la notion d’un modèle imposé de l’extérieur doit se substituer l’idée que le développement devrait être un processus endogène, favorisé par la mise en place d’un cadre politique, financier et juridique favorable à l’initiative économique. Les populations devraient être plus étroitement associées aux projets de développement. Pour finir, je dirai que le développement est un processus, une logique à suivre, une organisation à installer et une méthode à appliquer.
Serigne Samba Ndiaye : Enseignant-Chercheur-Phytothérapeute ; site web www.sambamara.com
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