Réponse au questionnaire
Lamine : Bonjour Professeur, la drépanocytose défait la chronique ces temps-ci, pouvez-vous nous parler de cette maladie ?
Serigne Samba Ndiaye : Bonjour Lamine. Effectivement, beaucoup en parle actuellement, et c’est normal car, elle est une maladie qui pose énormément problème.
En effet, la drépanocytose encore appelée anémie falciforme se définit comme étant une maladie génétique. Notons qu’un enfant ne peut être malade que si ses deux parents sont transmetteurs, c'est-à-dire porteurs du gène. C’est une maladie qui atteint autant les filles que les garçons : on dit qu’elle est héréditaire récessive autosomique. Elle correspond soit à une forme homozygote soit à une autre hétérozygote.
Lamine : Connaissez-vous les véritables causes de la drépanocytose ?
Serigne Samba Ndiaye : La cause de cette maladie serait une substitution de l’adénine par la thymine dans le cordon 6 de la b-globine entraînant la substitution d’une valine par un acide glutamique dans la chaîne protéique.
La maladie porte sur le gène bêta de l’hémoglobine. Les gènes bêta normaux sont appelés A, les gènes anormaux drépanocytaires S. Ces derniers conduisent à la formation d’une protéine d’hémoglobine anormale qui détruit les globules rouges et cause par voie de conséquence une anémie très grave. Chaque individu possède les gènes de son patrimoine génétique en double exemplaire : AA, AS, SS, SC, ou SBT. Les individus SS sont malades, les AS sont porteurs sains mais transmetteurs. Les SS sont dits homozygotes, les AS, hétérozygotes.
Lamine : Comment se manifeste la maladie ? Les symptômes sont-ils les mêmes pour les différentes formes de drépanocytose ?
Serigne Samba Ndiaye : Disons que La forme hétérozygote est souvent asymptomatique mais la forme homozygote SS s’accompagne :
· De crises douloureuses
· Des signes d’anémie accompagnés de céphalées
· Les globules rouges étant rigides, vont former des bouchons et obstruer les vaisseaux
. sanguins : ce sont les crises vaso-occlusives
· Les membres surtout inférieurs peuvent devenir chauds, douloureux ou même
gonflés.
· Avec l’occlusion des vaisseaux, la rate peut perdre ses capacités de défense anti-
bactérienne : les enfants s’exposent alors à des infections pulmonaires ou osseuses.
Lamine : On sait que dans la médecine moderne on a souvent recours aux séances de dépistages pour éviter de contracter la drépanocytose. Qu'est ce que la médecine traditionnelle fait pour limiter les dégâts causés par cette maladie?
Serigne Samba ndiaye : Nous apprécions beaucoup cette démarche car elle permet d’identifier les personnes porteurs de gènes anormaux et de prendre les dispositions qu’il faut afin de réduire les risque de propagation du mal. C’est pourquoi ici au niveau de la médecine traditionnelle nous travaillons en étroite collaboration avec les hôpitaux qui sont les seuls habilités à l’aide de ce dépistage à affirmer l’existence ou non de la maladie chez le patient. Le diagnostic clinique ne suffit pas car ces symptômes présents chez le drépanocytaire, peuvent être retrouvés dans d’autres maladies.
Lamine : Qu'est ce qui explique la propagation de la drépanocytose dans les pays de l'Afrique subsaharienne comme le Sénégal où la médecine traditionnelle est très développée?
Serigne Samba Ndiaye : Disons que l’Afrique est l’un des continents les plus affectés par la drépanocytose. Cette maladie génétique, héréditaire, chronique et sévère concerne, chaque année, environ 1 % des naissances dans certains pays. Au-delà de la douleur aiguë qu’elle provoque, de manière presque récurrente, la drépanocytose pose aux jeunes Africains qui en souffrent de sérieux problèmes : déperditions, abandons, échecs scolaires caractérisent souvent le parcours de ces enfants mal considérés au sein de leurs propres familles comme des écoles. Selon les spécialistes, la drépanocytose est "l'exemple type du fossé croissant entre pays pauvres et riches. Elle tue plus de 80% des nourrissons africains qui en souffrent avant l'âge de 5 ans, et nombreux sont ceux qui meurent avant même que le diagnostic exact de leur affection ne soit établi". Le coût élevé du traitement et l'inexistence de structures de prise en charge précoce ne facilitent en rien la tâche des structures de santé et des familles.
En tout cas, les experts attendent des organisations internationales, des pays et des gouvernements qu'ils fassent de la drépanocytose une réalité, voire une urgence sanitaire dans les pays les plus affectés mais où paradoxalement les progrès techniques sont les moins appliqués. Il faut noter aussi que les tradipraticiens ne sont pas encore pleinement associés dans la lutte contre la drépanocytose alors qu’ils détiennent jusque là, les meilleurs résultats dans le traitement de cette maladie. Cela n’est pas pour faciliter les choses.
Lamine : Dans la médecine moderne on dit souvent de la maladie de la drépanocytose qu'elle est incurable. Est ce le cas en médecine traditionnelle ?
Serigne Samba Ndiaye : Moi je ne dis jamais qu’une quelconque maladie est incurable, mais disons que nous n’avons pas encore trouver un médicament qui la chasse définitivement.
Lamine : Existe-t-il un traitement efficace en médecine traditionnelle pour soulager la drépanocytose ?
Serigne Samba Ndiaye : Bien sûr, je te réponds par l’affirmative. La médecine traditionnelle a jusque là les meilleurs résultats dans le traitement de la drépanocytose. On a eu à traiter des drépanocytaires SS qui ont eu à rester plus d’un an sans crise. Nous avons aussi pu stabiliser beaucoup de cas présentant des symptômes sévères.
Lamine : Pouvez-vous nous donner au moins un exemple de plante efficace dans le traitement de cette maladie ?
Serigne Samba Ndiaye : Les plantes qui soignent cette maladie qu’est la drépanocytose sont nombreuses mais je te citerai un exemple tout prêt : le Fagara zanthoxyloides. Sachet qu’à propos de cette plante, aucune toxicité n’existe par voie orale et elle est très faible pour les autres voies. Un gramme de poudre de la racine de cette plante bu par un drépanocytaire très malade trois fois par jour fait disparaître complètement les crises. Il a été constaté expérimentalement aussi que le sang sur lequel on avait déposé la racine de cette plante restait rouge très longtemps. On en déduisit que la plante devait empêcher l’hémolyse des globules rouges. Les principes actifs responsables de l’action antidrépanocytaire sont des acides dont le principal est l’acide hydroxymethyl-benzoique et aussi le zanthoxylol.
Lamine : Quel rapport existe-t-il entre le paludisme et la drépanocytose ?
Serigne Samba Ndiaye : Notons ici que les chercheurs ont remarqué la présence d’une liaison étroite entre le paludisme et la drépanocytose. En général, les individus porteurs de gènes normaux (HbA / HbA) mourraient davantage du paludisme que les porteurs de la mutation (HbA/ HbS). Au fil des générations, les porteurs des gènes (HbA / HbS) ont transmis à leur descendance cette faculté de protection face au paludisme. Ainsi, la mutation HbS, à l’origine de la maladie de la drépanocytose, permet une protection d’une autre maladie, le paludisme.
Lamine : Est ce que vous recevez des malades qui ont tourné le dos à la médecine moderne suite à l’inefficacité du traitement qu’elle donne à propos de cette maladie?
Serigne Samba Ndiaye : En tout cas beaucoup de malades que nous recevons s’en plaignent. Nous ne savons pas si c’est à cause de çà ou si c’est leur traitement qui est cher. En tout état de cause il est temps q’un rapprochement de ces deux médecines puisse être effectif au bénéfice des malades.