Le Tradipraticien et Phytothérapeute Serigne Samba Ndiaye présente 16 espèces utiles
«L’expérience du Tradipraticien et Phytothérapeute africain dans le choix et la valorisation des espèces végétales de la Grande Muraille Verte: cas de certaines espèces locales», constitue la communication de Serigne Samba Ndiaye, lors du colloque international sur le choix des espèces végétales et les techniques de mise en valeur et de suivi du projet panafricain de la Grande muraille verte (Gmv). Ayant acquis une base scientifique acceptable après deux années d’étude à l’Université de Dakar, notamment en sciences de la terre avec une base en botanique, écologie, chimie organique, physique du sol, type d’altération des roches et paléogéographie, M. Ndiaye, seul tradipraticien africain présent lors de cette rencontre, y a présenté, devant le président Wade et la communauté internationale, 6 espèces utiles, toutes dans la flore sénégalaise mais aussi dans la zone sahélienne ou soudano-sahélienne. Un véritable guide pratique dans le choix des espèces végétales pour la Gmv.
«Les 16 espèces végétales que j’avais présentées lors de ce colloque scientifique ont été acceptées», souligne t-il d’emblée. Non sans dire que la sélection des espèces a été faite avec rigueur. «Plusieurs critères ont été respectés, allant de la caractérisation, à la valorisation, en passant par l’identification de l’espèce». A l’en croire, «toutes ces espèces retenues présentent non seulement un aspect utilitaire sur le plan économique, mais aussi sur le plan phytothérapeutique». Parlant de l’arbre Acacia senegalensis ou gommier blanc en français ou encore «werek» en wolof, le Tradipraticien et Phytothérapeute dira que cette espèce qui se rencontre dans la zone subdésertique africaine, du Sénégal à la Mer Rouge, «fournit la gomme arabique avec une incision pratiquée sur l’écorce du tronc ou des grosses branches. La gomme, soluble dans l’eau, douée d’un pouvoir adhésif, est utilisée en pharmacotechnie pour la préparation de granulés, comprimés, tablettes etc.…)». Selon lui, c’est une espèce très résistante à la sécheresse. L’Acacia nilotica, ou «nepnep» en wolof est une plante épineuse qui peut atteindre 5 à 20 m de haut. C’est une espèce sahélo-sahélienne qui se répartit du Sénégal au Soudan. «Les gousses et les feuilles constituent un fourrage excellent, dont on peut disposer lorsqu’il n’y a pas d’herbe. Non seulement, c’est un arbre de brout, mais les gousses sont récoltées pour supplémenter la ration des vaches laitières», note M. Ndiaye. Le Balanites aegyptiaca ou «sump» chez les Wolof, poursuit-il, «cet arbre épineux bénéficie dans tout le secteur sahélien d’une certaine protection de la part des populations paysannes qui apprécient la pulpe des fruits riche en glucides et le noyau contenant une amande riche en lipides. En pharmacopée traditionnelle, l’association de cette plante à d’autres serait très indiquée dans le traitement de la stérilité, des MST, de l’ulcère gastriques, de l’épilepsie». Evoquant le Zizyphus mauritiana ou «sideem» chez les Wolof, Serigne Samba Ndiaye indiquera que les fruits du jujubier sont comestibles et consommés frais ou séchés. Ils contiennent des vitamines A et C, un peu de niacine, de la thiamine et de la riboflavine et, sont recommandés pour le traitement des affections inflammatoires de la gorge, des voies respiratoires ainsi que des inflammations intestinales et urinaires. Autre arbre utile, le Lawsonia inermis ou «fuden» en wolof, cultivé dans la plupart des villages sahéliens du Sénégal. Le henné est connu et utilisé depuis l’Egypte ancienne pour ses propriétés tinctoriales. Quant au Tamarindus indica appelé en Wolof «daxaar», il est cultivé «pour ses fruits et, plus particulièrement, pour la pulpe comestible qui entoure les graines et qui est à la fois acide et riche en sucre. Son bois est recherché pour la confection de meubles ou comme bois de construction et son écorce est utilisée pour traiter l’asthme, pour ses propriétés astringentes. Elle est aussi employée en usage externe pour soigner les plaies. Le feuillage est employé dans la confection de teinture jaune ou rouge». Le Sterculia setigera, «mbep» en wolof, bien connu des Sénégalais, «sa gomme de Sterculia est inscrite à la 8e édition de la Pharmacopée française (1865). Il fait l’objet d’un commerce assez important de l’Inde vers l’Europe. Ici, au Sénégal, on le consomme avec le couscous. On l’utilise en pharmacie comme émulsionnant mais aussi pour la préparation de produits alimentaires et cosmétiques». L’Acacia albida ou «kadd», nous renseigne Serigne Samba Ndiaye, «est peut-être le plus connu des arbres utiles du Sahel, que les paysans conservent dans leurs champs en agroforesterie. Cet arbre accroisse la fertilité du sol et les rendements agricoles et fournit du fourrage». L’Acacia raddiana, que les Wolofs appellent «seen», a retenu également l’attention du Tradipraticien et Phytothérapeute qui souligne qu’il est caractérisé «par une grande plasticité écologique puisqu'elle colonise les régions recevant entre 50 et 1 000 mm de précipitations annuelles et, il est largement utilisée par les populations locales comme plante médicinale, fourrage, bois d'énergie, charbon, en raison du pouvoir calorifique élevé de son bois. Ce dernier est aussi apprécié dans l'artisanat pour la confection d'outils et d'ustensiles divers. C'est une plante qui sert à tanner les peaux et sa gomme est consommée. Elle est aussi utilisée pour la stabilisation et la fertilité des sols. Cette plante joue donc un rôle important dans l'économie rurale». L’Acacia seyal appelé «suruur» chez les Wolofs, est à côté d'autres acacias, selon lui, le plus important fournisseur de gomme arabique. «L'écorce est utilisée pour traiter la dysenterie et les infections bactériennes de la peau, telles que la lèpre. L'écorce est aussi utilisée comme un stimulant. La gomme est utilisée comme un aphrodisiaque, pour traiter la diarrhée». Enfin, révèle le chercheur sénégalais, le Jatropha curcas ou tabanaani pour les Wolofs, dont la graine «fournit une huile à usage industriel qui peut être utilisée comme biocarburant et, de ce fait, intéresse beaucoup les investisseurs étrangers. C'est une plante qui peut produire jusqu'à 1900 litres de diesel par hectare». Et, Serigne Samba Ndiaye de compléter ce tableau par d’autres espèces aussi utiles que sont: l’Aphania senegalensis (ou «xewaar»), le Bauhinia rufescens (ou «rande»), le Boscia senegalensis (ou «ndiadam»), le Mitragyna inermis (ou «xoos»), le Salvadora persica (ou «ngao») etc…
Ainsi, toutes ces espèces proposées, soulignent Serigne Samba Ndiaye, ont été conformes par rapport à l’éthique retenue pour la mise en œuvre de cette Grande muraille verte. Estimant que la médecine traditionnelle est une médecine alternative, incontournable dans le système sanitaire, Serigne Samba Ndiaye d’inciter que ces espèces retenues présentent, non seulement, un aspect utilitaire, sur le plan économique mais aussi, sur le plan phytothérapeutique.
Mangoné KA