Réalisation de la grande muraille verte :
« De la nécessité d’une sélection rigoureuse des plantes utiles »
La grande muraille verte est un projet de la communauté des Etats Sahélo sahéliens. Ce projet soutenu par l’Union Africaine devrait partir du Sénégal, traversant la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger le Nigeria, le Soudan, l’Erythrée pour finir à Djibouti, au bord de la mer Rouge. Quatre vingts bassins de rétention par pays traversé devrait l’accompagner. Ce vaste programme de reboisement pourrait coûter près de 1,5 milliard de dollars et, s’étendrait sur 7000 km de long et 15km de large. Ici au Sénégal cette muraille passera par les régions de Saint Louis, Matam, Tambacounda et Louga soit environ 500 km de long.
Quels sont les enjeux de la GMV ?
La réalisation de la grande muraille verte visait à transformer les terres inutilisables en terres riches qui aideraient à alléger les fardeaux croissants sur les zones menacées du continent et à contribuer au renforcement de la paix, de la stabilité économique et de la sécurité. Le projet permettra de renforcer la viabilité de l’environnement, de lutter contre la dégradation des sols, de faire la promotion de la gestion intégrée des ressources naturelles, d’arrêter l’avancée du désert du Sahara vers le sud, d’œuvrer pour la préservation de la diversité biologique (très important), d’améliorer les moyens de subsistance des populations rurales et en particulier les femmes ce qui un autre moyen de lutter contre la pauvreté.
En effet, la mise en œuvre de la grande muraille va permettre de renforcer les capacités de développement de l’Afrique en ce qui concerne le contrôle de la dégradation des sols et la désertification par le biais d’échanges d’expériences sud-sud. Bon nombre de pays africains regorgent de connaissances endogènes. L’initiative de la grande muraille verte pourrait faciliter leur éclosion pour le bien être des communautés locales. Il existe des solutions techniques et scientifiques pour prévenir la désertification et la dégradation des ressources naturelles.
Cependant toute solution « à la va-vite » devra être évitée. Une étude institutionnelle doit être faite pour identifier les institutions ayant les diverses capacités pour travailler sur les différentes composantes et aspects de ce projet. Il importe également qu’elle soit intégrée et coordonnée avec d’autres initiatives comme : la UNCCD (Convention des Nations Unies sur la Lutte Contre la Désertification), TerrAfrica (qui vise à augmenter le niveau et l’efficacité des investissements pour la gestion durable des terres), le NEPAD (Nouveau Partenariat pou le Développement de l’Afrique), GEF (Projet de Gestion des ressources en Eau et de l’Environnement du bassin du Fleuve Sénégal), etc…
Notons que d’autres initiatives telles que «le Mur vert» lancé en 1971 par l’Algérie, en 1978 «la ceinture verte des pays de l’Afrique du Nord», « la ceinture verte pour le Nigeria » etc...
Seulement, ces actions étaient isolées, non coordonnées et caractérisées par une limitation de leur zone de couverture. De ce fait, leur impact sur la lutte contre la désertification ne pouvait pas être remarquable. C’est dans la perspective de continuer ces efforts que la présente initiative de la GMV a été prise.
Quelles sont les conséquences de la déforestation ?
Chaque année, les hommes coupent ou arrachent des millions d’hectares de forêts pour rendre une zone cultivable, y construire des habitations ou en exploiter le bois : c’est la déforestation. Nous savons tous que sans les forêts, la terre ne serait pas habitable. En effet, par le mécanisme de la photosynthèse, les plantes produisent l’oxygène qui permet aux hommes de respirer. La forêt absorbe aussi du gaz carbonique, éliminant ainsi une source de pollution.
De plus, les forêts, et en particulier les forêts tropicales, abritent des millions d’espèces de plantes et d’animaux : les spécialistes estiment que l’ensemble des forêts renferment 50% des êtres vivants de la planète. Aussi la déforestation va mettre en danger de très nombreuses espèces de plantes et d’animaux vivant dans ou en relation avec la forêt. Par exemple à Madagascar toutes les espèces de lémuriens sont menacées d’extinction. Dans la forêt amazonienne, des centaines d’espèces de plantes s’éteignent chaque année.
En outre, la déforestation a également des répercutions sur la nature des sols et sur le climat. En effet, les arbres jouent un rôle capital dans le cycle de l’eau et dans la stabilité des sols.
D’une part, en réduisant le ruissellement de l’eau sur les sols, les arbres permettent à celles-ci de s’infiltrer dans la terre ; ils maintiennent donc le sol humide. Sans les arbres, l’eau coule sur le sol sans être retenu. Dans les régions tropicales, pendant la saison des pluies, trop d’eau arrivent soudainement aux fleuves, qui entre en crue (montée soudaine et débordement des eaux d’un fleuve). La déforestation favorise donc les inondations.
D’autre part, les racines des arbres retiennent la terre, ce qui ralentit l’érosion. Sans les arbres, les sols ne sont plus maintenus et ne résistent plus à l’érosion ; la terre est emportée et les roches sont mises à nu. Sur les terrains en pente, il peut se produire des éboulements et des glissements de terrain. Les zones déboisées finiront par se transformer en désert.
Enfin, la vapeur d’eau que rejettent les forêts contribue à augmenter l’humidité de l’air et favorise les pluies. La déforestation peut donc réduire l’importance des pluies et provoquer des sécheresses.
La sélection des plantes pour la GMV doit suivre une certaine logique !
Pour commercer, notons que la zone concernée qu’est la zone sahélo sahélienne est définie par une pluviométrie annuelle comprise entre 200 et 300 mm. Elle constitue la transition entre le sahel et le Sahara, avec des précipitations aléatoires mais qui en année favorable peuvent atteindre les 400 à 500 mm.
Seulement y a pas matière à s’inquiéter car d’après les recherches scientifiques, cette terre aride regorge de ressources minières : 9,9 milliards de tonnes de pétrole, 5000 milliards de m3
de gaz naturel, pour ne citer que cela. La quantité des eaux phréatiques s’élève jusqu’à concurrence de 30.000 milliards de m3, soit l’équivalent des eaux que le Nil jette dans l’océan en 9 ans. Ce qui veut dire que des réservoirs d’eau pourrait voir le jour en plus des bassins de rétentions afin que le suivi puisse être assuré.
Si nous en venons aux plantes à sélectionner pour ce projet, la plupart pour ne pas dire toutes, devrait être médicalement et économiquement utiles pour les populations.
Notons que dans cette zone saharo sahélienne la formation steppique à dominante d’épineux notamment les genres Acacia sp et Balanites sp fait la loi. Sur les dunes de sable on trouve les espèces telles que les Leptadania, le Boscia senegalensis, l’Acacia senegal « gommier ou werek ». Au niveau des marres les espèces dominantes seront le Mytagina inermis « xoos », l’Acacia nilotica « ou neb-neb » et l’Acacia seyal « suruur ». Sur les plaines on observera des variétés comme l’Acacia albida « kadd » ou le Tamarindus indica « daxaar ».
Dans la pépinière de Linguère, on note certaines variétés comme le Ziziphus mauritania « sideem », l’Acacia senegal « ou werek en wolof », le Balanites aegyptiaca « ou sump en wolof », le Jatropha curcas « ou tabanaani en wolof ». Mais d’autres espèces telles le Tamarindus indica « ou daxaar », le Lawsonia inermis « fudden », l’Acacia radiana « seing » et le Carica papaya sont annoncées.
Ces plantes sont utiles car, si nous prenons l’exemple de l’Acacia senegal ou « werek », cet arbre est assez connu car fournit la gomme arabique. Au Sénégal la récolte de la gomme est faite en saison sèche et l’exsudation de la gomme est favorisée par un temps très chaud et augmentée par le « tapping » : une incision pratiquée sur l’écorce du tronc ou des grosses branches. La gomme soluble dans l’eau et douée d’un pouvoir adhésif est utilisée en pharmacotechnie pour la préparation de granulés, comprimés, tablettes etc…
En confiserie, elle est employée pour la préparation de crème, de glaces, de pattes etc…
Elle sert également en cosmétologie, dans l’industrie des adhésifs (colles), du cirage, dans les apprêts pour textiles, etc…
En médecine traditionnelle, le décocté d’écorce ou de la poudre de gomme diluée dans de l’eau traiterait les maux de ventre ou les coliques.
Le Tamarindus indica ou tamarinier est considéré comme un arbre sacré et serait, selon les croyances populaires, le lieu d’habitation des djins. Il entre dans la plupart des préparations médico-magiques traditionnelles pour le traitement des maladies affectant le psychisme de l’individu. On le recommande dans le traitement de la folie, de l’impuissance et de la stérilité. La pulpe du fruit traiterait le diabète.
Le Lawsonia inermis outre ses vertus esthétiques, est utilisé contre les séquelles des couches laborieuses ou les avortements. Toutes les parties aériennes de cette plante sont utilisées pour traiter l’épilepsie et les maladies nerveuses.
Le Balanites aegyptiaca ou « sump », traiterait une multitude de maladies. L’écorce est d’emploi courant comme poison de pêche. L’émulsion des fruits peut donc fournir un poison utile pour décontaminer les puits d’eau contre les escargots d’eau douce, qui servent d’intermédiaire à la bilharzie. Cette même émulsion détruit les larves de ce dernier parasite, ainsi que les petits crustacés cyclops, vecteur du ver de Guinée.
L’Acacia nilotica pousse en saison sèche mais peut supporter l’inondation. Les gousses et les feuilles constituent un fourrage excellent, dont on peut disposer lorsqu’il n y a pas d’herbe. Non seulement c’est un arbre de brout, mais les gousses sont récoltées pour supplémenter la ration des vaches laitières. Il est aussi cultivé en rotation avec les graminées pour améliorer le sol. Il fleurit durant presque toute l’année et prospère dans les terrains les plus ingrats. Son bois incorruptible et compact, s’emploie dans les constructions navales. L’écorce intérieure, de couleur rousse, est un astringent des plus puissants. On en fait grand usage dans le tannage des cuirs et dans la teinture. Une décoction un peu forte de cette écorce fait une encre excellente avec l’oxyde de fer.
Le Jatropha curcas : cette plante appartenant au sous règne des Tracheobionta, à la classe des Magnoliopsida, la sous-classe des Rosidae, à l’ordre des Euphorbiales, à la famille des Euphorbiacées, au genre Jatropha est d’une importance capitale. Sa graine fournit une huile à usage industriel qui peut être utilisée comme biocarburant et de ce fait, intéresse beaucoup les investisseurs étrangers. C’est une plante qui peut fournir jusqu’ 1900 litres de diesel par hectare. Sa durée de vie est environ 40 ans. Cette plante protège les sols de l’érosion, et les fertilise par son humus. Je détiens une recette capitale permettant de fabriquer de l’engrais naturel à partir de ses graines. Cet engrais nous épargnerait de l’utilisation d’engrais chimique. Autre chose que vous devrez savoir sur cette plante : entre implantations de jatropha, on peut envisager des cultures vivrières jusque là impossibles. Les seins trempés dans une infusion de feuilles de jatropha, augmenterait la lactation.
A coté de ces plantes on peut citer l’arbre typique de l’Afrique tropicale sèche, l’Adansonia digitata. Toutes les partes de cette plante soignent. C’est un arbre millénaire. Son écorce fournit des cordes. Sa sève entre dans la fabrication de papier. Grillées, les graines du baobab peuvent remplacer le café. Riches en phosphate, elles peuvent être utilisées pour la fabrication de savon et d’engrais. L’Azadirachta indica ou « neem » a des propriétés multiples mais méconnues au Sénégal. Ses propriétés régénératrices du sol et insecticides méritent d’être soulignées. Les graines possèdent des propriétés antidiabétiques, antibactériennes et antivirales. On peut encore citer les Combretum, le Caicédrat (mortiers, meubles, cadres de fenêtres, de portes, pirogues, etc), le Manguier (racines, 8m de profondeur), l’Acacia albida. Ses feuilles tombées donnent un humus ; sa présence enrichit le sol en azote et le gène pas les cultures ; au contraire, les plantes en dessous de ses branches manifestent une croissance bien vigoureuse. On pourrait continuer la liste est exhaustive.